L'âme vagabonde - 2

Publié le par covix

L'âme vagabonde - 2

  Le fourmillement agitait les pieds, la base, le socle. Il pensait que la terre vibrait, dansait, chantait, grognait, qu’elle se muait. Les vibrations arrivèrent aux mollets, puis s’emparèrent des cuisses, c’est sûr, la musique faisait danser, bouger le sol, et remontait jusqu’à lui.
  Des milliards de fourmis l’avaient envahi, parfois autour de lui, chutaient des pierres, s’était même une pluie de pierres.
 Ses hanches sont prises à leur tour de tremblement, elles entraient en transe. La mobilité du corps, grelottant, lui faisait penser à une personne prise par la bise, alors qu’elle était légèrement vêtue dans la saison trompeuse et un peu trop douce. 
  Ses yeux rougeoyants, pleins de feu, éclairaient l’obscur lointain, ils scrutaient l’horizon, semblaient interroger ses visions plongées dans le même étonnement. 
 Sentiment d’inquiétude, mais aussi sentiment heureux.
   C’est au tour du buste de s’agiter, ses bras se lèvent, se déplient, font des ronds dans le noir du ciel. 
 La tête bouge à droite, à gauche, elle pivote, chose étrange, en trois cent soixante degrés.
 Son regard de braise croise et observe de semblables êtres aussi inquiétants.
Quelque chose d’étrange se produit, il danse, tout comme les autres, tous dansent cette farandole. Ils se prennent par les mains libérées et forment une ronde, elle tourne, tourne, s’élève se repose. La muraille tremble, s’affole sous les coups de talons reçus.
 Le vent souffle comme jamais, il pousse sa mélodie fiévreuse, nerveuse disloque les arbres, donne un tempo à cet étrange ballet. 
 Le ciel est de plus en plus lourd de nuages, laissant de temps à autre passer le visage blême de la lune. Il s’obscurcit, se déchire des décharges électriques porteuses d’une fin du monde angoissantes.
 Dans la mémoire des hommes, il est impossible de retrouver une trace quelle conque d’un tel événement. De celle qui s’écoule, telle une rivière serpentant entre les flancs de montagne et flânant dans les plaines. Si l’onde ne peut s’en souvenir, l’ordre des choses garde dans sa mémoire l’étrangeté des éléments  déchaînés.
 Les vents, dans leurs agitations, soulevaient la terre, déracinaient les arbres. Les plus résistants se pliaient, les branches se cassaient. Les éclairs incessants illuminaient la nuit. La pluie cinglante lacérait les feuillages, les visages des hommes les plus aventureux, elle brisait les vitres.
 Une douce musique monta de la terre, les éléments retrouvèrent le calme. Le cœur de la nuit battait dans sa douceur retrouvée.
 Là-haut toujours trépident, les yeux de braise se concertaient.
 Les bras posés le long des corps, les têtes plongées vers l’horizon, lentement ils se penchaient. Les talons se décollaient du sol, l’envol était imminent.
 Les masses de pierre, devenue force de chair, quittaient les murailles qui les soutenaient.
 Cette nuit, rare dans le temps, il fallait en profiter, ouvrir ses fenêtres, ne pas avoir peur de l’étrange qui flottait dans l’éther du monde.
 De cette nuit, beaucoup la verront, l’admireront, d’autres vont la craindre, en avoir peur, la rejeter, se cacher, terrer au fond de leur couche ; fermer les yeux en oubliant toute la beauté poétique de ce monde en mouvement. Il y a aussi les regards qui sont aveugles tout en percevant ces formes étranges, ce bal peu ordinaire, c’est l’indifférence qui parle pour eux.

 Bernard-Cauvin©30/10/2015


Publié dans texte, communauté, Bernies, récit

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gazou 06/11/2015 11:49

c'est un beau texte, très évocateur !

missfujii 04/11/2015 23:12

belle imagination