Mardi en poésie - 6

Publié le par covix

 

 

 

 

 Je garde le souvenir de Lady Marianne  tout en changeant le logo pour ce mardi poésie. Continuons le défi, Lady reste avec nous.

 

 

Un poème qu'on aime, quelques mots si l'on veut.
 

 

Thème libre 

 

 " Le temps passe et nous laisse des traces d'immobilisme!

 Il m'a laissé dans l'attentisme.

 D'une lueur venue éclairer l'horizon, 

 La folle aventure des mots que nous écrivons.

   Pour ce défi, donc, plonger dans les lueurs des mots de la poésie est comme la vérité au fond du puits, mais il arrive que le seau remonte son lot."

B.Cauvin

   

À Célimène

Alphonse Daudet

 

Je ne vous aime pas, ô blonde Célimène,
Et si vous l’avez cru quelque temps, apprenez
Que nous ne sommes point de ces gens que l’on mène
Avec une lisière et par le bout du nez ;
Je ne vous aime pas… depuis une semaine,
Et je ne sais pourquoi vous vous en étonnez.

Je ne vous aime pas ; vous êtes trop coquette,
Et vos moindres faveurs sont de mauvais aloi ;
Par le droit des yeux noirs, par le droit de conquête,
Il vous faut des amants. (On ne sait trop pourquoi.)
Vous jouez du regard comme d’une raquette ;
Vous en jouez, méchante… et jamais avec moi.

Je ne vous aime pas, et vous aurez beau faire,
Non, madame, jamais je ne vous aimerai.
Vous me plaisez beaucoup ; certes, je vous préfère
À Dorine, à Clarisse, à Lisette, c’est vrai.
Pourtant l’amour n’a rien à voir dans cette affaire,
Et quand il vous plaira, je vous le prouverai.

J’aurais pu vous aimer ; mais, ne vous en déplaise,
Chez moi le sentiment ne tient que par un fil…
Avouons-le, pourtant, quelque chose me pèse :
En ne vous aimant pas, comment donc se fait-il
Que je sois aussi gauche, aussi mal à mon aise
Quand vous me regardez de face ou de profil ?

Je ne vous aime pas, je n’aime rien au monde ;
Je suis de fer, je suis de roc, je suis d’airain.
Shakespeare a dit de vous : « Perfide comme l’onde » ;
Mais moi je n’ai pas peur, car j’ai le pied marin.
Pourtant quand vous parlez, ô ma sirène blonde,
Quand vous parlez, mon cœur bat comme un tambourin.

Je ne vous aime pas, c’est dit, je vous déteste,
Je vous crains comme on craint l’enfer, de peur du feu ;
Comme on craint le typhus, le choléra, la peste,
Je vous hais à la mort, madame ; mais, mon Dieu !
Expliquez-moi pourquoi je pleure, quand je reste
Deux jours sans vous parler et sans vous voir un peu.

Alphonse Daudet, Les Amoureuses, 1858

 

 

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Commenter cet article

christian 26/02/2020 17:00

Une belle déclaration d'amour! Beaucoup de gens aimeraient ne pas être aimés de cette manière!

christian 26/02/2020 17:00

Une belle déclaration d'amour! Beaucoup de gens aimeraient ne pas être aimés de cette manière!

Renée 26/02/2020 15:57

Voilà un Monsieur qui crie bien trop fort son désamour pour que ce soit vrai! Mais joli poème. bises

missfujii. 26/02/2020 06:24

je connaissais les lettres de mon moulin. D'ailleurs le moulin de Daudet ne se trouve pas très loin de chez moi. Par contre, je ne savais pas non plus qu'il avait écrit des poèmes

Martine Martin 25/02/2020 16:46

Je ne savais pas que Daudet avait écrit des poèmes. Il est très beau. Merci de ce partage